La 4e édition du baromètre Digital Procurement Success (DPS), publiée par le Conseil National des Achats, décrit une année 2024 charnière pour les directions achats : des budgets de digitalisation en recul, une réglementation qui s’alourdit, et une IA générative qui arrive dans les services sans mode d’emploi. Voici ce que nous en retenons.

Une transformation sous contrainte budgétaire

L’étude a été menée auprès de plus de 115 décideurs achats. Son premier enseignement est inconfortable : les budgets consacrés à la digitalisation de la fonction reculent par rapport à 2023. Moins d’un décideur sur cinq estime disposer des ressources nécessaires pour mener sa transformation à terme.

Le paradoxe tient dans le chiffre suivant : près de 50 % des répondants prévoient malgré tout de lancer un projet de digitalisation dans les douze mois. Les directions achats n’ont pas renoncé à s’outiller. Elles doivent le faire avec moins, et donc choisir des projets dont le résultat se mesure vite, sur des données qu’elles possèdent déjà.

La réglementation comme déclencheur

Pour Jean-Luc Baras, président du CNA, les nouvelles exigences réglementaires, la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) et la CS3D, redéfinissent la mission des directions achats : connaître ses fournisseurs, documenter la chaîne d’approvisionnement, produire des données vérifiables sur ce qui est acheté et à quelles conditions.

Plus de 50 % des répondants voient dans ces obligations un catalyseur de la transformation digitale. La lecture est logique : on ne collecte pas des données RSE fournisseurs à l’échelle d’un groupe avec des tableurs. La contrainte devient l’argument qui débloque un projet d’outillage, et l’occasion pour la fonction achats de renforcer sa position dans l’entreprise.

L’IA générative, un sujet exploratoire

L’arrivée de l’IA générative est l’autre fait marquant de cette édition. 85 % des décideurs achats jugent essentiel le partage de bonnes pratiques autour de l’IA, mais l’approche reste largement exploratoire : peu de cas d’usage en production, beaucoup d’expérimentations.

Laurent Piechocki, responsable de la digitalisation des achats chez Orange France, le formule ainsi dans le baromètre : l’IA n’est pas un outil prêt à l’emploi, elle transforme les pratiques en profondeur. C’est aussi notre lecture. Une IA qui lit des contrats et des factures ne remplace pas un processus ; elle en change le point de départ, parce que ce qui n’était relu que par sondage peut désormais être contrôlé intégralement.

La donnée, condition de tout le reste

Le baromètre insiste sur la qualité des données comme facteur de réussite. Près de 40 % des directions achats ont déjà mis en place une gouvernance dédiée à la gestion des données, et 38 % préparent la leur. Pour Sébastien Charvet, directeur marketing d’Altares, la donnée est au cœur des processus achats et disposer de données de qualité est la clé des bonnes décisions.

Concrètement, cela signifie un référentiel qui relie contrats, commandes et factures, une nomenclature stable, des fournisseurs dédoublonnés. Sans cela, un projet d’IA générative produit des réponses fluides sur des données fausses.

Maintenir l’investissement malgré tout

Malgré la contrainte budgétaire, près de 60 % des décideurs achats considèrent qu’il faut maintenir l’investissement dans la digitalisation pour préparer la sortie de crise. Michael Bentolila, d’InsideBoard AI, résume la position du baromètre : les directions achats qui s’en sortiront ne seront pas celles qui ont les plus gros budgets, mais celles qui trouveront le bon équilibre entre technologie, humains et données.

Les priorités identifiées pour 2024 sont cohérentes avec ce constat :

  • améliorer l’exploitation des données existantes ;
  • mettre à jour et adapter les outils déjà en place plutôt que les remplacer ;
  • revoir les processus internes ;
  • développer les compétences des équipes.

Aucune de ces priorités ne suppose de refondre l’ERP.

Ce que cela change pour une direction achats

Florence Baiget, directrice achats du groupe Veolia, attend de 2024 que les directions achats s’engagent sur des cas d’usage concrets et performants avec l’IA. C’est la bonne échelle : une question précise (les prix facturés respectent-ils les prix négociés ?) posée à des données réelles, avec un résultat qu’un contrôleur peut vérifier ligne par ligne.

Les directions achats qui combineront cette exigence de preuve, la maîtrise de leurs données et des outils qui s’adaptent à leurs processus seront les mieux placées pour la période qui s’ouvre. Le baromètre complet est disponible sur le site du CNA. Pour voir ce qu’un cas d’usage concret donne sur vos propres achats, un appel avec un expert suffit à cadrer le périmètre.